Mi-Jung

Je ne voulais pas l’annoncer à mes fils, puisque je savais que je pleurerais et que cela les effraierait. Mais j’ai quand même vu la peur dans leurs yeux quand leur père leur a expliqué calmement que leur maman avait le cancer du sein. Ils avaient 13 et 15 ans. En 2013, après avoir découvert une masse dans mon sein gauche, on m’a diagnostiqué un cancer du sein à récepteurs d’œstrogènes positifs (ER+). J’ai subi deux chirurgies mammaires conservatrices après lesquelles il y avait toujours des cellules potentiellement précancéreuses dans le revêtement d’un canal mammaire (carcinome canalaire in situ ou CCIS). Il était temps de lâcher prise et de procéder à une mastectomie. Trois interventions en quatre mois, ce n’était pas de la tarte, mais je n’ai pas eu à subir de la radiothérapie ou de la chimiothérapie. Au cours de cette expérience éprouvante, j’ai beaucoup prié. Dieu m’a réconforté, en plus du soutien de mes proches et de mes amis. Dans les hauts et les bas, l’amour est présent et nous rappelle ce qui est essentiel. Récemment, deux de mes amies ont appris qu’elles avaient le cancer du sein. Nous avons créé le « club des cancéreuses » et avons organisé de longues promenades : nous avons parlé longuement et échangé des conseils, comme lire des livres drôles, regarder des comédies et ne pas faire de la recherche en ligne sur le cancer avant de se mettre au lit. Après avoir raconté mon histoire aux téléspectateurs de CTV, j’ai reçu plus de commentaires que pour tout autre reportage que j’ai réalisé comme journaliste au cours des vingt dernières années. Mon intention était de faire connaître aux femmes un facteur de risque de cancer que je ne connaissais pas avant mon diagnostic : le tissu mammaire dense. Les mammographies de suivi n’ont pas détecté de cancer. C’est ce qui peut arriver aux femmes ayant des seins denses – et elles sont nombreuses. Au Canada, un mouvement est en plein essor pour combler le retard par rapport à ce qui se fait aux États-Unis en matière de divulgation de l’information sur les seins denses. En réfléchissant à cette période difficile, je pense surtout à ce dont je suis reconnaissante : les repas livrés à ma porte, les soins attentionnés que j’ai reçus et l’occasion de sensibiliser la population à une maladie qui touche une femme sur huit. J’ai pu compter sur beaucoup de générosité pendant ma maladie. J’espère que le fait de raconter mon histoire et de communiquer ce que j’ai appris améliorera le sort d’autres femmes.

Mi-Jung Lee, présentatrice et journaliste d’enquête à CTV Vancouver